Élections Régionales 2021 Île-de-France, notre analyse

Notre analyse de la situation dans la région Île-de-France dans la perspective des élections régionales.
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Élections Régionales 2021
Laure Salvaing
Laure
Salvaing

Directrice Générale, Kantar Public France

Eddy Vautrin-Dumaine
Eddy
Vautrin-Dumaine

Directeur d'études, Kantar Public France

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Contexte et enjeux

Région capitale, comptant 19% de la population française et pesant 28% du PIB national, l'Ile-de-France est naturellement une région stratégique pour les forces politiques. Depuis 1986, la présidence de région a alterné entre différentes couleurs politiques : de droite entre 1986 et 1998, puis de gauche de 1998 à 2015. Il y a 6 ans la région a rebasculé à droite, à l'issue d'une triangulaire très serrée, finalement remportée par Valérie Pécresse (43,8%) sur la liste de Claude Bartolone (42,2%). La liste du Rassemblement national menée par Wallerand de Saint-Just avait recueilli 14% des voix. 

Lors de l'élection présidentielle de 2017, le vote en faveur d'Emmanuel Macron avait été particulièrement important en Ile-de-France (28,6% contre 24% au niveau national), tandis que Marine Le Pen n'était arrivée qu'en 4e position avec 12,6% des voix (soit 9 points de moins qu'au niveau national).

En 2021, Valérie Pécresse se présente à sa propre succession. Elle devra confirmer son ancrage après avoir réussi à prendre la région au Parti Socialiste qui la gouvernait depuis 17 ans. Celle qui a quitté le parti Les Républicains en 2019 suite à un désaccord sur la ligne politique se présentera avec le soutien du parti de droite ainsi qu'avec celui de l'UDI et de son nouveau parti « Soyons Libres ». 

Le Rassemblement national a décidé de présenter en Ile-de-France Jordan Bardella, déjà tête de liste aux élections européennes de 2019. S'il avait alors réalisé un score important sur l'ensemble du territoire, son résultat devrait être plus modeste, tant l'ancrage du RN est faible à l'échelle francilienne – malgré des scores importants en Seine-et-Marne. 

La République En Marche a choisi de soutenir la candidature Laurent Saint-Martin après la décision de Jean-Michel Blanquer de ne pas se présenter. Laurent Saint-Martin ne part pas favori mais bénéficiera quand même du fait que la région est favorable au parti présidentiel, comme l'a montré le résultat important de LaREM aux élections européennes de 2019 (27,3% contre 22,4% au niveau national). L'enjeu pour le candidat marcheur sera de convaincre les électeurs de centre-droit de se porter sur sa candidature davantage que sur celle de Valérie Pécresse. 

Enfin, la gauche souhaiterait pouvoir reconquérir une région où elle est bien implantée. Elle partira néanmoins en ordre très dispersé, malgré un souhait affiché de rassemblement. Trois listes principales se présenteront aux électeurs :

  • Une liste soutenue par le PS et Place publique et menée par l'ancienne journaliste et désormais adjointe d'Anne Hidalgo à la Mairie de Paris, Audrey Pulvar.
  • Julien Bayou, secrétaire général d'Europe-Ecologie-Les-Verts, mènera la liste de son parti, espérant capitaliser sur le bon score des écologistes aux élections européennes de 2019 en Ile-de-France (15,9%). Le candidat vert a reçu un soutien de poids en la personne de l'ancien candidat socialiste à l'élection présidentielle Benoit Hamon.
  • Enfin, Clémentine Autain représentera avec la France Insoumise la troisième grande liste de gauche lors de ces élections régionales. Elle bénéficie aussi du soutien du Parti communiste, encore bien implanté dans plusieurs villes franciliennes. 

Si la gauche part en ordre dispersé au premier tour, le véritable enjeu pour elle sera une potentielle alliance au second tour. Seule une union des trois listes pourrait lui permettre d'espérer une victoire en juin prochain.

Ce que disent les sondages

Un sondage réalisé par BVA en mars 2021 donne une idée du rapport de forces à 3 mois du premier tour de l'élection régionale.

Valérie Pécresse fait la course en tête, avec 31% des intentions de vote. Ce score est plus élevé que celui observé lors des précédentes intentions de vote. La présidente de la région semble donc conforter sa position de favorite à sa propre succession et la place dans une dynamique positive. Néanmoins, si son score est plus élevé que celui de ses concurrents, le second tour pourrait s'avérer plus compliqué.

La liste de La République En Marche est en effet créditée de 15% des intentions de vote, ce qui lui permettrait de se maintenir au second tour. Si les deux listes choisissaient de ne pas fusionner, alors le candidat du parti présidentiel pourrait représenter un nombre important de voix manquantes pour Valérie Pécresse.

De même, le RN, qui est crédité de 16% des intentions de vote, pourrait se qualifier pour le second tour et ainsi capter des voix qui manqueraient à Valérie Pécresse. En 2015, le score du candidat FN Wallerand de Saint-Just avait baissé entre le premier et le second tour, une partie de son électorat préférant soutenir Valérie Pécresse pour faire barrage au PS. Néanmoins, il n'est pas certain que cette configuration se reproduise en 2021. 

Le vrai enjeu du second tour pourrait venir de la gauche. Au premier tour, les trois listes sont créditées respectivement de 9% pour la liste menée par Clémentine Autain, de 12% pour la liste d'Audrey Pulvar et de 11% pour celle de Julien Bayou. Si ces scores peuvent paraitre faibles par rapport à celui de Valérie Pécresse, ils permettraient à deux de ces trois listes de se maintenir au second tour mais aussi de fusionner entre elles. Cette fusion nécessiterait néanmoins un accord entre trois mouvements opposés sur de nombreux points.

De plus, en cas de fusion au second tour, la liste de gauche serait donnée perdante face à la liste de Valérie Pécresse (37% contre 28%). La candidate de droite n'apparait donc pas menacée dans l'immédiat, mais les trois mois qui nous séparent du scrutin et les dynamiques d'entre-deux-tours pourraient modifier la donne.

Pourquoi suivre cette élection

Valérie Pécresse reste la candidate favorite en Ile-de-France, gardant sa liste en tête des intentions de vote. Même si elle a quitté Les Républicains, elle pourrait incarner un ancrage local fort, ce qui lui permettrait de peser à droite lors de la prochaine élection présidentielle. 

La République En Marche, si elle a peu d'espoir de remporter la région, pourrait réaliser un bon score et essayer par-là d'ancrer son parti dans une région qui lui est favorable. A l'inverse, un score faible montrerait une vraie difficulté de ce parti à s'implanter localement, difficulté déjà éprouvée lors des élections municipales. 

La gauche, comme dans de nombreuses régions, va mettre à l'épreuve sa capacité d'union et devra conduire un premier tour où chacune des trois listes aura besoin de se distinguer des deux autres, sans pour autant porter des coups trop violents dans la perspective d'une possible alliance au second tour. 

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