Les salariés français face à l'épidémie de COVID-19 - Un an après

Un an après l'annonce du premier confinement par le Gouvernement, l'épidémie de Covid-19 reste la préoccupation première des Français et Françaises.
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Les salariés français face à l'épidémie de COVID-19
Emmanuel Rivière
Emmanuel
Rivière

Directeur des études internationales et du Conseil politique, Kantar Public

Marie Vialle
Marie
Vialle

Directrice d'études, Kantar Public

Adeline Leblond-Maro
Adeline
Leblond-Maro

Chef de groupe, Kantar Public

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Elle s'est même ancrée dans leur quotidien et continue de perturber le monde du travail (chômage partiel, pratique du télétravail, protocoles sanitaires sur site...). Mais la crise actuelle persistante a également renforcé les inégalités et l'isolement, et rendu l'avenir beaucoup plus incertain et mouvant, révélant de nouvelles problématiques comme celle de la santé mentale au travail, par exemple.

Evolution de la situation professionnelle après un an de crise sanitaire

Les salariés sont retournés sur site, pour beaucoup, et le télétravail est en net recul par rapport à la période de 1er confinement l'an dernier.

9 salariés sur 10 (91%) travaillent actuellement, que ce soit à temps plein ou en activité partielle. Parmi ces salariés qui continuent de travailler, les deux-tiers se rendent exclusivement sur leur lieu de travail, c'est 12 pts de plus que lors du 1er confinement.

Le télétravail exclusif a reculé au profit de l'alternance : 11% seulement sont aujourd'hui totalement en télétravail (-25 pts en 1 an), et 22% (+13 pts) alternent entre travail sur site et télétravail. Au total ce ne sont donc plus qu'un tiers des salariés en activité qui pratiquent actuellement le télétravail (33%), contre près d'un sur deux il y a un an (45%). Un télétravail qui reste essentiellement pratiqué par les cadres (69%) et les salariés de l'agglomération parisienne (55%).

Impact sur les conditions de travail, les salaires et la santé mentale

Cette étude met en lumière des vécus très différents selon les situations, les professions exercées et lieux de travail. Si certains salariés ont vu leurs conditions de travail changer fortement, d'autres ont été moins impactés dans leur quotidien. 

Dès lors, selon que l'on ait expérimenté une nouvelle forme de travail que l'on juge plus satisfaisante (telle que le télétravail qui semble procurer une meilleure satisfaction à celles et ceux qui le pratiquent) ou que l'on ait subi la mise en place de protocoles sanitaires contraignants supplémentaires sur son lieu de travail habituel, les attentes vis-à-vis de l'avenir sont différentes. On peut ainsi comprendre aisément que certains salariés ayant connu un changement qu'ils jugent positif souhaitent voir ce changement d'organisation se pérenniser de même qu'il est compréhensible que ceux dont les conditions de travail ont été alourdies et détériorées puissent, eux, aspirer davantage à un retour à la normale. 

Ces changements subis peuvent aussi être, au-delà de l'inquiétude liée au virus ou de l'insécurité financière engendrée chez certains, à l'origine de la dégradation de leur état psychologique que l'on observe nettement chez un grand nombre de salariés et qui constitue un véritable enjeu de santé publique.

Si la plupart des salariés se déclarent globalement « assez satisfaits » de leurs conditions de travail actuelles, près de 3 sur 10 pointent du doigt une détérioration de ces conditions 

Globalement, depuis le début de la crise, la majorité des salariés en activité (54%) n'a pas vu ses conditions de travail changer (c'est surtout le cas des ouvriers, salariés travaillant en atelier ou usine, qui se rendent exclusivement sur leur lieu de travail). 

Cependant près de 30% des salariés en activité ont vu leurs conditions de travail se détériorer, une détérioration des conditions de travail plus ressentie par les cadres (37%), les salariés de grandes entreprises (44%), les salariés du public (36%), les salariés travaillant habituellement dans des lieux recevant du public (41%) ou encore ceux dont l'employeur a subi un impact économique et financier négatif dû à la crise (40%). 

A l'inverse, 17% des salariés en activité actuellement déclarent que leurs conditions de travail se sont améliorées, en particulier les salariés de moins de 35 ans (31%) et les télétravailleurs (22%).

Les salariés en activité se déclarent globalement « assez satisfaits » de leurs conditions de travail actuelles. Entre 7 et 8 sur 10 jugent positivement les différents aspects, principalement la qualité des liens avec les collègues (82%) l'espace de travail (79%) et l'équilibre vie pro-vie perso (79%). 

Cette satisfaction n'est pas pour autant générale. 3 salariés sur 10 ne se déclarent pas satisfaits de leur bien-être au travail (71% de satisfaction) et de la qualité des informations fournies par l'employeur sur les conditions de travail (70%). 29% de ceux qui se rendent sur site se disent également insatisfaits de la clarté des protocoles mis en place. 23% des salariés ne se déclare pas satisfait de leur équipement de travail, constat plus accentué parmi ceux qui alternent présence sur site et télétravail (32%).

Globalement le niveau de satisfaction est moindre auprès des salariés du secteur public et des salariés de grandes entreprises (+5000 personnes). En revanche elle est meilleure chez les salariés affirmant que leur employeur a consulté les représentants du personnel dans la gestion de crise.

Quel impact financier/économique de cette crise ? 

L'insécurité financière est palpable, notre étude montre que la crise a impacté négativement la situation économique et financière de nombreuses entreprises, engendrant parfois des baisses de salaires. Ces diminutions de salaires, avérées ou craintes, accentuent évidemment la détresse et la dégradation de la santé mentale des salariés concernés par ces impacts négatifs de la crise.

42% des salariés affirment que la crise a eu impact négatif sur la situation économique et financière de leur employeur, 20% estiment au contraire que la crise a eu un impact positif. Les autres, à 38%, affirment que la crise n'a pas impacté la situation économique et financière de leur employeur.

Et par conséquence près de 20% des salariés font l'expérience d'une diminution de salaire du fait de la crise et 27% redoutent de voir leur salaire diminuer prochainement. Une insécurité financière qui concerne de fait près de 1 salarié sur 2 et qui touche davantage les jeunes salariés, les salariés de petites structures, les salariés du privé, ceux dont l'employeur a subi un impact négatif ou encore ceux qui sont actuellement au chômage partiel.

Dégradation de la santé mentale des salariés : un enjeu de santé publique 

Face à la situation actuelle, l'inquiétude qui s'imposait lors du 1er confinement a laissé place à la lassitude qui s'est installée dans l'esprit de la moitié des salariés (48%), suivie de la patience (35%) et l'inquiétude (28%).

61% des salariés estiment que l'état psychologique de leurs collègues s'est dégradé depuis le début de la crise (ceux qui le disent le plus sont les femmes, les salariés du public, les salariés de grandes entreprises ou encore ceux qui affirment que la crise a eu un impact négatif sur la situation de leur employeur.) 

Et à titre individuel, 1 salarié sur deux (53%) déclare que son propre état psychologique s'est dégradé (ils sont même 12% à considérer qu'il s'est vraiment dégradé) Une dégradation psychologique imputée à l'angoisse d'un avenir incertain (42%), à la diminution des interactions sociales (42%) ou encore à l'isolement du fait des mesures sanitaires (40%), plus qu'au risque de contamination (31%).

6 salariés sur 10 estiment que leur employeur devrait mettre en place des mesures pour protéger l'état psychologique de ses employés, mais 5% seulement déclarent que leur employeur le fait déjà. Cette attente est particulièrement exprimée par les salariés de la région parisienne, du secteur public, des grandes entreprises, ceux qui télétravaillent à plein temps ; mais aussi particulièrement par les salariés touchés tels que ceux qui reconnaissent que leur état psychologique s'est dégradé depuis 1 an et ceux qui ont connu une diminution de salaire du fait de la crise.

Evolutions souhaitées en termes d'organisation du travail 

Un salarié sur 3 souhaite un changement par rapport à avant la crise en termes d'organisation et de rythme de travail (en particulier les télétravailleurs, les salariés de l'agglomération parisienne, les salariés dont l'état psychologique a été impacté par la crise). Tandis que les deux-tiers des salariés souhaitent un retour à la normale, comme avant la crise. Ce sont surtout les hommes, les ouvriers, les plus de 50 ans et les salariés dont l'état psychologique n'a pas été impacté qui le souhaitent davantage.

Qu'ils aspirent à un retour à la normale ou qu'ils souhaitent un changement d'organisation et de rythme de travail pour l'avenir, les salariés expriment quoi qu'il en soit des attentes fortes en matière de qualité de vie au travail : faire de l'amélioration de la qualité de vie au travail une priorité est ainsi jugé important pour 90% d'entre eux, et même indispensable pour une majorité de 55% des salariés.

D'autres changements sont également attendus pour l'avenir du monde du travail en France :

  • Mieux reconnaître les métiers dont le caractère « essentiel » a été révélé par la crise est ainsi jugé indispensable par une majorité de salariés (56%) et important par 88% d'entre eux.
  • Assurer une plus juste répartition des profits entre travailleurs et actionnaires est indispensable pour 53% des salariés et important pour 87% d'entre eux.
  • Lutter contre les inégalités de genre est jugé indispensable par 53% des salariés et important pour 85% d'entre eux.

L'étude révèle également une attente de dialogue social pour penser le monde d'après. Cela ne fait pas de doute pour les salariés : 

  • 68% affirment que les syndicats ont un rôle à jouer dans la redéfinition des modes de travail actuels ; et 
  • 87% des salariés pensent également que les pouvoirs publics doivent associer davantage les travailleurs et leurs représentants pour préparer l'avenir et sortir la France de cette crise.

Bilan de l'action des divers acteurs dans la crise

Les salariés ont très majoritairement (69%) le sentiment que les entreprises se sont montrées à la hauteur de leurs responsabilités face à la crise au cours des 12 derniers mois. Ils sont en revanche un peu plus critiques à l'égard des pouvoirs publics (45% des salariés estiment qu'ils ont été à la hauteur) et des organisations syndicales (47% des salariés estiment qu'ils ont été à la hauteur. Parmi les jeunes (moins de 35 ans) toutefois, une nette majorité (59%) jugent que les organisations syndicales ont été à la hauteur.

33% estiment qu'il y a eu dialogue social dans la gestion de crise sur leur lieu de travail. Parmi les 24% qui indiquent que leur employeur n'a pas consulté les représentants du personnel dans la gestion de crise, 61% le déplorent. Et en transversal dans l'étude, on note parallèlement de meilleurs résultats et une meilleure satisfaction auprès des salariés qui affirment que leur employeur a consulté les représentants du personnel dans la gestion de crise. 

Dans le cadre du déploiement de la campagne de vaccination, la plupart des Français interrogés, salariés ou non, se disent favorables (86%, 38% étant très favorables) à la mise en place d'un dispositif de vaccination dans le cadre du travail. Parmi les salariés interrogés, en particulier, ces proportions sont très similaires : 35% y sont très favorables et au total 85% y sont favorables. Le degré de favorabilité face à cette mesure augmente avec l'âge (9% des moins de 25 ans y sont très favorables, contre 31% des 25-34 ans, 32% des 35-49 ans et 46% des 50-64 ans).

Parmi les Français favorables à ce dispositif de vaccination sur le lieu de travail, une majorité (65% des Français, 63% des salariés) pense que ce dispositif doit être proposé à tous les travailleurs, sans distinction, tandis que les autres (35% des Français, 37% des salariés) estiment que les travailleurs les plus exposés (contact avec le public, comorbidités) doivent être priorisés.

Globalement, les salariés sont plutôt satisfaits de l'action des pouvoirs publics estimant majoritairement (57%) que les pouvoirs publics ont fait suffisamment d'effort pour aider les entreprises et administrations à faire face à la crise, tandis qu'à l'inverse une minorité d'un peu plus de 4 salariés sur 10 déplore un manque d'efforts. 

Ils sont une majorité de 60% à estimer que les pouvoirs publics doivent exiger des contreparties de la part des entreprises qui ont bénéficié de ces dispositifs d'aide

Les deux-tiers des salariés (65%) s'accordent à dire que les travailleurs « de la 2ème ligne » n'ont pas bénéficié d'une juste reconnaissance de leur engagement pendant la crise, et que plus globalement, dans les mêmes proportions, que leur contribution à la vie économique et sociale du pays n'est pas non plus reconnue à sa juste valeur.

Par ailleurs, la moitié d'entre eux estiment que les jeunes en formation (52%) ou entrant sur le marché du travail (51%) et les aidants (51%) sont les catégories de la population ayant le plus manqué de soutien et d'aides de la part des pouvoirs publics face à la crise. Ce sont surtout les plus âgés qui l'affirment. 

Relance économique et financement

Pour sortir de la crise et en tirer les leçons, il apparait particulièrement prioritaire aux yeux des salariés de relocaliser des productions clés en France (indispensable pour 66%, important pour 91%), de revaloriser les emplois indispensables et leur accorder plus de reconnaissance (indispensable pour 58%, important pour 91%), et de renforcer la contribution des plus riches pour financer la relance économique (indispensable pour 54% des salariés, important pour 87% d'entre eux). 

Pour assurer le financement de la relance économique et trouver des solutions, les salariés estiment que les solutions doivent venir en 1er lieu du niveau national (46%) puis du niveau européen (39%), bien devant le niveau local (15%).

Il émane des résultats de notre étude un sentiment chez les salariés de s'être déjà assez sacrifiés et d'être las de la situation. Dès lors, pour assurer la relance économique et financer cette relance, les salariés plébiscitent :

  • la mise à contribution des entreprises ayant augmenté leurs bénéfices pendant la crise (mesure acceptable pour 82% des salariés), 
  • le rétablissement d'une contribution des plus riches (81% acceptable), et penchent davantage aussi pour 
  • une diminution des dépenses publiques (77% acceptable) que pour toute mesure qui les mettraient à titre personnel également à contribution Ainsi l'augmentation de l'impôt sur le revenu, la mise à contribution des ménages ayant fait des économies pendant la crise ou encore l'allongement du temps de travail hebdomadaire sont très clairement rejetées, jugées largement inacceptables par les salariés. 

Enquête online réalisée du 12 au 20 avril 2021, pour la CFDT, auprès d'un échantillon de 1000 personnes, représentatif de la population salariée âgée de 16 ans et plus.

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