PR Report - 16 octobre 2020

Cette semaine, le PR Report revient sur ce qui pourrait être un tournant dans les bras de fer qui oppose, depuis longtemps, Google et les éditeurs de presse, en France et ailleurs. Redoutant que le modèle fasse école dans tous les pays et après avoir longtemps freiné des quatre fers, le géant d’Internet cède, à l’image de sa nouvelle initiative Google New Showcase, peu à peu du terrain face aux pouvoir publics désireux – non seulement en France, mais aussi en Europe et en Australie – d’organiser une rémunération obligatoire de la presse par Google. Coup de projecteur également sur les Assises du journalisme et sur les bonnes performances des entreprises européennes en matière de RSE.
16 octobre 2020
PR Report 16 octobe
Gwenaëlle
LEPELTIER

Chef de Projet Editorial - Revues de Presse

Ambre
LIMOUSI

International News Editor

Tournant dans le bras de fer entre Google et les éditeurs de presse

En plein bras de fer avec les éditeurs de presse du monde entier qui lui demandent de partager la valeur du trafic qu'ils génèrent sur ses services, Google annonce une initiative « de long terme » dotée d'1 milliard de dollars sur trois ans, rapportent, entre autres, Les Echos et le Blog du Modérateur. Baptisée Google News Showcase, cette initiative vise à rémunérer les éditeurs qui « créent et organisent du contenu de grande qualité ».

Cet outil doit permette aux éditeurs partenaires de choisir les articles qu’ils souhaitent mettre en avant sur la plateforme ; ils auront également la main sur leur mise en pages. Près de 200 ont déjà signé, notamment en Allemagne (Der Spiegel et Die Zeit), au Royaume-Uni et au Brésil. Des médias en Inde, en Belgique et aux Pays-Bas devraient suivre.

D’autres éditeurs, notent Les Echos, sont plus prudents, notamment en France. « Nous voulons un vrai partage de la valeur et ne plus dépendre de produits que Google peut décider de modifier ou d'abandonner un jour », déclare Pierre Petillault, directeur de l'Alliance de la presse d'information généraleQuant àLouis Dreyfus, le patron du Monde, il se déclare pragmatique et attend « de voir ce que cela donne à l'échelle française et si cela se compare bien avec ce que nous avons évalué au titre du droit voisin ».

Le 7 octobre, Google a, contre toute attente, approuvé le principe d'un droit voisin à payer équitablement à tous les titres de presse d'information générale, conformément à ce qu'exige la loi française transposant une directive européenne très disputée, rapportent Les Echos. La presse française, toujours trop dépendante de Google selon une étude publiée par Heroiks (notent Le Figaro et Stratégies), a donc trouvé un accord, avec le géant d’Internet, qui « couvre les droits voisins tels que définis par la loi, ainsi que la participation à News Showcase »Google aurait fourni une méthodologie transparente de répartition qui reposerait principalement sur le nombre de visiteurs uniques pour les sites d'un éditeur donné.

La cour d'appel de Paris a par ailleurs confirmé la décision d'avril dernier de l'Autorité de la concurrence d’imposer à Google de négocier de bonne foi avec les éditeurs de presse la mise en œuvre des droits voisins, rapportent Le Figaro et Le Monde– une référence qui permettra d’orienter la façon de transposer le droit voisin dans d'autres pays.

Les Assises du journalisme, une édition 2020 consacrée au Covid

L’édition 2020 des Assises du journalisme, qui s’est tenue le 1er et le 2 octobre, était consacrée à l’information en temps de Covid, ce qui revient à dire à l’information en temps d’incertitude.

Dès début mars, le Covid est devenu omniprésent dans les journaux télévisés français du soir. Avec un public en recherche d’informations, les audiences numériques ont explosé, mais les ventes de journaux papier ont été compliquées par le confinement et par la faillite de Presstalis, principal distributeur de presse en France, résume RFI. La plupart des médias ont par ailleurs vu leurs revenus publicitaires diminuer. Cette baisse des revenus laisse craindre des répercussions sur les métiers du secteur.

« Nous sommes dans une période d’anxiété extrêmement forte, suscitant à la fois une importante demande d’informations et un regard exigeant, difficile, parfois sévère, sur le travail effectué par les journalistes », déclareJérôme Bouvier, directeur des Assises, dans une interview disponible sur le site du ministère de la Culture« Informer au temps de l’incertitude revient à se poser, en tant que journaliste, des questions sur l’essence même de son métier qui en temps normal consiste à apporter aux citoyens une information vérifiée ».

Parmi les points intéressants soulevés par le baromètre 2020 des Assises, Jérôme Bouvier mentionne le fait que la pandémie ait occasionné un rapprochement des médias avec leurs publics (une démarche jugée « nécessaire » et « intéressante » par 56% des français), que 50% des personnes interrogées estiment que l’information sur la pandémie est traitée de façon anxiogène et que 45% déclarent attendre des journalistes et des médias des éléments de vérification sur les informations qui circulent au sujet de la pandémie – le fameux fact-checking. Selon Guillaume Caline, Directeur de Clientèle chez Kantar, Division Public, avec l’explosion des fake news, la crédibilité d’internet n’a d’ailleurs cessé de baisser depuis 2015. Pour en savoir plus sur le sujet, retrouvez, en replay, le webinar qu’il anime avec Sonia Metche, Directrice des Insights (Kantar Division Média), sur l’impact que la crise du Covid-19 a sur la confiance des français dans les médias – la crise sanitaire ayant saturé l’actualité pendant plusieurs mois.

RSE, les entreprises européennes sont les meilleures

Bonne nouvelle : les entreprises européennes sont bien cotées en matière de RSE, indique L’ADNLe nouvel indice EcoVadis, qui évalue les performances RSE au sein des chaînes d’approvisionnement, les place en effet en tête de classement ! Ailleurs dans le monde, le rapport pointe les bons résultats des entreprises nord-américaines, tandis que celles de la zone Grande Chine sont, en moyenne, les moins bien notées.

Les bons résultats européens seraient notamment dus à la réglementation européenne, qui impose de plus en plus de contraintes à l’ensemble des parties prenantes – des investisseurs aux consommateurs. Entre la Loi Sapin II, la loi sur Devoir de Vigilance ou encore la Loi Pacte, les bonnes performances des entreprises françaises tendent à confirmer cette hypothèse. Même tendance au niveau des secteurs : l’industrie manufacturière ou la métallurgie, très règlementées, sont les plus performantes.

Toutefois, la pandémie de Covid-19 a mis en lumière certaines faiblesses des chaînes d’approvisionnement. Pour chaque secteur, plus d’un quart des fournisseurs n’avait pas mis en place de mesures destinées à protéger la santé ou la sécurité des équipes. Une entreprise est « aussi solide que [son] fournisseur le plus vulnérable – et sans un système de gestion de la durabilité, les organisations continueront à connaître des perturbations de leurs chaînes d’approvisionnement, sans contribuer de manière significative à une durabilité plus globale », estime le co-PDG d’EcoVadis, Pierre-François Thaler.