PR Report - 24 juillet 2020

Cette semaine, le PR Report met en avant la décision du New York Times de se retirer d’Apple News, une stratégie qui contraste avec l’annonce, par Google News, de nouveaux accords avec des éditeurs de presse en Allemagne, en Australie et au Brésil. Le PR Report revient également sur une tribune, dans CB News, sur l’avenir des RP, par Catherine Meddahi, présidente d’Influences et administratrice du SCRP. Autre fait marquant, si l’environnement et le changement climatique sont devenus sujets de préoccupation prioritaires pour les Français, ils restent encore peu visibles dans les médias.
24 juillet 2020
Gwenaëlle
LEPELTIER

Chef de Projet Editorial - Revues de Presse

Ambre
LIMOUSI

International News Editor

Le New York Times retire ses articles d’Apple News…

Le New York Times a annoncé fin juin qu’il retirait ses articles d’Apple News, avec effet immédiat. Les conséquences en termes économiques seront plutôt insignifiantes pour la marque à la pomme, qui pourrait tout de même y laisser quelques plumes en termes d’image et d’attractivité, indique Presse-citron.

Le NYT affirme ne plus trouver aucun intérêt à être présent sur le kiosque d’information d’Apple, en termes d’audience, mais surtout en ce qui concerne les revenus et le contact avec son lectorat. En effet, si Apple garantit une très forte visibilité à ses partenaires et leur renvoie un trafic parfois énorme – moyennant une commission généreuse – c’est également au détriment de la relation directe des médias avec leurs lecteurs, qui « appartiennent » à Apple et non plus aux producteurs de contenus. Une situation que de nombreux journaux ont déjà dénoncée, et à laquelle le NYT a décidé de mettre fin de façon unilatérale et sans préavis connu, explique Presse-citron.

Fort de sa base de 6 millions d’abonnés payants ayant généré 285 millions de dollars de revenu au premier trimestre 2020 et des données que cette base représente, le NYT – pourtant partenaire historique d’Apple – possède tous les éléments pour développer sa propre plateforme publicitaire tout en gardant le contact direct avec son lectorat sans avoir à se soumettre aux contraintes d’un partenaire distributeur sur une plateforme digitale, constate la directrice d’exploitation du NYT, Meredith Levien, dans un article de NienmanLab cité par L’ADN.

 « Nous avons touché entre 250 et 300 millions de personnes au plus fort de la crise du Covid », souligne Meredith Levien. « Près de six adultes américains sur dix ont utilisé le New York Times au mois de mars. Ce que nous voulons faire, c’est jouer un plus grand rôle dans la vie des gens et j’ai l’impression qu’au fil des ans, nous faisons ce travail de mieux en mieux nous-mêmes. » Le NYT et ses millions d’abonnés sont dans une position de force plutôt rare. Grâce à l’argent des lecteurs, le média est capable d’investir et d’embaucher cette année près de 130 personnes, dont 47 journalistes écrits ou audio, 7 data-analystes et une douzaine de développeurs. Pour Meredith Levien, c’est bien cette capacité qu’a le journal de pouvoir investir dans le journalisme et non dans les tuyaux des plateformes qui lui permet d’acquérir son indépendance au fur et à mesure. Sa décision de se retirer d’Apple News fait cependant suite au licenciement par le NYT de la majeure partie de sa division publicitaire, en raison de la pandémie mais également de la volonté de se concentrer sur les abonnements, note Presse-citron. Le journal a pour objectif d’atteindre les 10 millions d’abonnés d’ici 2025.

… Mais Google News convainc de nouveaux éditeurs de presse

Google a annoncé le 25 juin dernier la signature d’accords avec des éditeurs de presse en Allemagne, en Australie et au Brésil, relate L’ADNLes Echos indiquent notamment que le géant américain a convaincu plusieurs grands médias allemands en leur promettant des gains financiers et une meilleure visibilité grâce à des mini-vitrines sur Google News et Google Discover. Avec cet accord, Google a percé le front uni de la presse européenne dans son combat pour une juste rémunération de ses contenus indexés par le moteur de recherche américain.

Accusé par le PDG du groupe Les Echos-Le Parisien d'avoir « trahi » leur cause, Der Spiegel répond que le nouveau produit de presse en cours d'élaboration avec Google est « dans l'intérêt mutuel des deux parties ». « Cette coopération nous donne une visibilité supplémentaire, une meilleure attractivité et la possibilité d'accroître la portée de notre offre numérique payante », assure également le Frankfurter Allgemeine Zeitung.

Encore faudrait-il que cette nouvelle vitrine, qui devrait voir le jour au quatrième trimestre, ne capte pas les flux directs vers le propre site de ces journaux au profit de Google, reconnaît-on chez Die Zeit. Le géant américain impose notamment que le titre principal renvoie sur un article gratuit. Les éditeurs doivent en outre s'engager à actualiser de nombreux thèmes quotidiennement pour faire vivre cette mini-page d'accueil. S'ils reconnaissent le risque, le contrat de licence fait miroiter aux éditeurs une rémunération annuelle supérieure à 1 million d'euros par an. « Il reste à voir ce que Google est réellement prêt à payer aux nouveaux "partenaires" », prévient Dietrich von Klaeden, senior Vice-Président chargé des affaires publiques chez Axel Springer. « Cela pourrait être beaucoup moins que ce qu'ils seraient en droit de percevoir sur la base de la directive européenne des droits voisins » imposant une rétribution pour l'utilisation de tout extrait d'article.

Membres depuis plusieurs années de la Digital News Initiative, créée par Google pour développer des projets communs avec la presse européenne, Die ZeitDer Spiegel, le Frankfurter Allgemeine Zeitung, le Tagesspiegel et le Rheinischer Post persistent. « Environ un tiers de notre audience provient de Google. C'est essentiel pour notre modèle publicitaire et nos abonnements. Il n'est pas très logique d'exiger de l'argent de Google pour quelques lignes de texte dans les résultats de recherche. Nous avons besoin de Google plus qu'il n'a besoin de nous », conclut Enrique Tarragona, PDG de Zeit Online. Selon lui, la puissance de Google repose sur son activité d'annonceur et non sur les news. Il n'y aurait donc pas de concurrence à craindre.

Les Relations Presse, facilitateur d’une information crédible et légitime

« Portées par la multiplication des chaînes de télévision dédiées à l’information et le changement de paradigme induit par internet – instantanéité temporelle et viralité des réseaux sociaux – les Relations Presse sont devenues une expertise convoitée », écrit Catherine Meddahi, présidente d’Influences et administratrice du SCRP, dans une tribune pour CB News alors qu’un outil visant à mieux comprendre ce qui se dit sur Twitter et faire le tri entre bulle médiatique et vraie crise devrait justement sortir à la rentrée, notent L’Opinion et CB News. L’idée de Lucy, lancé par Majorelle, étant de comprendre qui parle réellement, de s’extraire de la bulle médiatique, et d’aller au-delà du simple constat « les réseaux sociaux se sont enflammés ».

Pour Catherine Meddahi, l’affaiblissement, du côté des médias, des ressources destinées aux rédactions, qui aboutit à une baisse du nombre moyen de journalistes par media, rend encore plus nécessaire la présence et le dynamisme des agences de RP qui apportent une forme de soutien aux rédactions en venant combler le manque de temps des journalistes à rassembler les informations et à les digérer.

Ce rôle stratégique exige, selon elle, des agences RP un strict respect de principes et de règles qui leur confèrent le statut de tiers de confiance vis à vis des journalistes et des entreprises qui les mandatent. Avant tout fondés sur la confiance que s’accorde mutuellement l’inséparable trio entreprise - agence RP - journaliste / leaders d’opinion, les RP doivent continuer à porter les raisons pour lesquelles elles sont nées et pour lesquelles elles ont survécu : donner à connaître au plus grand nombre, par le prisme des médias, une information libre, objective et exhaustive qui permette à chacun de se forger une opinion sans contrainte et sans pression.

L’environnement et le changement climatique encore peu visibles dans les médias

L'environnement et le dérèglement climatique, devenus les sujets de préoccupation prioritaires des Français en l'espace de quelques années, sont encore peu visibles dans les grands médias, selon une étude réalisée par Reporters d'Espoirs relayée par L’ADN.

Avant la crise du Covid-19, un sondage Ipsos pour Les Echos révélait que 43 % des personnes interrogées faisait passer l’environnement avant le pouvoir d’achat et la santé. Même après la crise sanitaire, 30 % des Français considèrent le sujet comme prioritaire et le placent en troisième position. Du fait notamment de leur complexité et du manque de solutions transversales, les sujets liés à l’environnement et au climat restent cependant sous-traités par les médias.

Avec 0 % à 1,3 % de sujets concernant le climat, les matinales radio – dont les journaux de 8h représentent des forts pics d’audience – sont les plus mauvais élèves à cet égard. Les chroniques radio, plus nombreuses, évoquent quant à elles régulièrement les enjeux climatiques. La presse quotidienne nationale est plus impliquée, avec 3,8% des articles consacrés à ce type de sujet. A noter, Le Monde est le seul journal qui consacre 5% de ses sujets à l'environnement. Côté télévision, seul 1% des sujets des JT de TF1 et France 2 évoquent le climat. Ce chiffre s'élève à 2% sur les chaînes d’information en continu. En outre, Reporters d’Espoirs note que les quotidiens régionaux et les journaux télévisés sont les médias qui mettent le plus en avant les tentatives de réponses ou des initiatives concrètes pour lutter contre la pollution ou le dérèglement climatique.

Le constat peut sembler décevant, mais l’étude montre tout de même que, sur 10 ans, le nombre de sujets dédiés à l’environnement a augmenté dans tous les médias. Dans les JT de TF1 et France 2, on compte entre 2,5 et 3 fois plus de reportages dédiés au climat. Une progression multipliée par 7 dans la presse quotidienne nationale. L’apparition de Greta Thunberg dans le champ médiatique compte pour beaucoup dans ce bond en avant. Les évènements institutionnels comme les COP, les publications scientifiques sur les océans ou l'utilisation des terres complètent le tableau.